L’ordre du tarot de Viéville

Du macrocosme au microcosme, tout à un début et une fin.

L’univers est né du big-bang et, peut-être son expansion une fois terminée, l’univers se contractera et finira sous la forme d’un immense trou noir. Ainsi, dans l’infini des temps, l’univers vivra son pralaya.

L’homme naît et meurt, comme toutes choses en ce bas monde.

Le tarot, le petit monde, est le reflet du grand monde. Il a a certainement, lui aussi, un début et une fin et sans doute faudrait-il concevoir ce début et cette fin comme un éternel retour, une perpétuelle ascension sur la spirale évolutive des mondes, la Rota.

Aujourd’hui, la convention la plus admise est de faire débuter le tarot par le I, l’arcane I appelée le Bateleur dans le tarot de Marseille et Baga dans le Viéville, et ensuite la succession numérique des arcanes majeurs de II à XXI. Après, sont disposées les arcanes mineurs dans un ordre sur lequel peu s’accordent.

A bien y regarder cette disposition est intellectuellement peu satisfaisante : on ne sait pas vraiment ce que viennent faire les arcanes mineurs dans cette succession; elles n’y trouvent pas réellement leur place. D’ailleurs, la tendance actuelle dans l’édition est d’éditer des jeux de 22 arcanes seulement. Ainsi, les arcanes mineurs ont tendance à s’effacer…

C’est vraiment dommage. Le tarot n’est plus la Rota sans les quatre sériesdes arcanes mineurs.

Aussi nous allons tenter d’y voir clair et de retrouver l’ordre originel du tarot.

Tout le monde s’accorde sur l’ordre des arcanes majeurs, de I à XXI. Tout juste y-a-t-il une hésitation avec la carte du mat du tarot de Marseille. On lui attribue parfois le numéro XXII et on le place à la fin des arcanes majeurs. Dans le tarot de Viéville, c’est avant tout l’arcane sans nom et sans nombre; ce qui nous fait dire que le MA du Viéville – MA est le nom qu’on peut éventuellement lui attribuer et c’est un mot racine de la langue  indo-européenne – peut être partout et nulle part à la fois.

Mais l’accord est dissonant concernant les arcanes mineurs : nombre d’exégètes s’emploient à faire correspondre les quatre séries des mineurs avec les quatre éléments, la terre, l’eau, l’air et le feu. Il y a généralement accord sur la correspondance denier/terre et coupe/eau, mais le désaccord se trouve surtout sur les séries des bâtons et des épées où l’air et le feu sont attribués à l’un ou l’autre, le plus souvent l’élément air pour l’épée parce que l’épée fend l’air et l’élément feu au bâton parce que le feu enflamme le bois.

Au chapitre « Correspondances » de la deuxième partie de l’ouvrage « Les Mystères du tarot de Viéville » consacré aux arcanes mineurs je fais la démonstration denier/terre ; coupe/eau ;  bâton/air et épée/feu.

Mais plus que les quatre éléments d’Aristote, je considère que ce sont les quatre Ages d’Hésiode (toutefois c’est Ovide dans ses Métamorphoses qui en parle le mieux) qui devrait nous guider : l’Age d’or – le plus beau et le plus long – suivi de l’Age d’argent, de l’Age de bronze et de l’Age de fer – le plus court et le plus dur. La symbolique et la signification profonde de ces quatre Ages paraît le plus à même de décrire et correspondre avec les quatre séries des mineurs : l’Age d’or/denier ; l’Age d’argent/coupe ; l’Age de bronze/bâton et l’Age de fer/épée. Il y a une progression entre les Ages que l’on retrouve dans les séries des mineurs. Cette progression s’articule essentiellement sur la dualité de l’Esprit et de la Matière, la composante du Ciel et de la Terre : l’Age d’or est l’âge de l’Esprit alors que l’Age de fer est l’apogée de la Matière. Ces quatre Ages sont bien entendu les équivalents occidentaux des Yugas hindous dont il se dit que nous sommes dans le quatrième Yuga, le Kali Yuga, le plus court et le plus sombre.

Ainsi, dans cette classification, la Rota débute à l’As de denier – la graine, le commencement de toute chose : PERE SAINCT FAIT MOY… – et se poursuit à travers les quatre séries pour arriver aux principes supérieurs, en quelque sorte une cinquième série comme l’Ether est considéré comme le cinquième élément, la série des XXI arcanes majeurs se terminant avec l’arcane XXI, le Rebis.

Cette classification a l’avantage de rendre compte d’une progression évolutive, une progression du plus simple au plus complexe.

Car c’est bien d’évolution que nous parle la Rota des mondes infinis.

Pour mieux saisir cette présentation succincte de l’ordre du tarot, le lecteur est invité à s’immerger dans l’ouvrage « Les Mystères du tarot de Viéville » qui embrasse les 78 lames de la Rota.

Enfin, cette figure de l’ordre du tarot en lecture en S, c’est-à-dire de gauche à droite et de droite à gauche, censée respecter le sens de la spirale du tarot de Viéville donné au Deux de denier :