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Pourquoi réediter le tarot de Viéville ?

Vous pouvez visionner la vidéo de comparaison entre cette nouvelle édition du tarot de Viéville des éditions SIVILIXI et l’ancienne édition Héron Boechat:

Ainsi, les dimensions de la carte sont de 69 x 126 millimètres et la proportion – homothétie comme il se dit en PAO, publication assistée par ordinateur – est strictement respectée.

La nouvelle édition conserve toutes les informations, tout particulièrement au niveau du cadre de la carte où sur certaines cartes il est dédoublé. Ce sont des informations très significatives. Ainsi, sur le Cavalier d’épée on peut voir des marques de cadre qui relie cet arcane à un autre arcane.

Cavalier d’épée

On remarquera que des traces-fantômes en filigrane apparaissent sur le fond blanc/ivoire de la carte. Ces traces-fantômes relient chaque arcane avec un autre arcane et fournissent de précieuses indications. Dans la nouvelle édition elles sont visibles comme sur l’original de la BNF.

Egalement, nous avons supprimé électroniquement les tampons BR (Bibliothèque Royale). Ce sceau indélébile avait été rajouté par le conservateur de la bibliothèque afin d’éviter les vols, ce qui justifie tout à fait sa présence sur l’original. Sur une reproduction en fac-similé il a l’inconvénient de troubler la première impression du sens haut et bas de la carte, et pire, dans certains cas il est mal positionné, induisant ainsi en erreur. Sa suppression sur le fac-similé de notre réédition, dans la mesure où elle ne provoque pas d’altérations d’informations, ne présente donc que des avantages.

Cette nouvelle édition est désormais disponible et peut être commandée à la boutique du site. Cette sortie est accompagnée de la parution des deux volumes de l’ouvrage « Les Mystères du tarot de Viéville » consacrée aux arcanes majeurs et aux arcanes mineurs.

                   

(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Pourquoi décrypter les Mystères du tarot de Viéville ?

Il existe une multitude de tarots, et certains d’entre vous se demandent peut-être pourquoi j’ai essayé de décrypter le tarot de Jacques Viéville et pas un autre. Ou même, carrément, pourquoi je n’ai pas réinterprété le tarot et redessiné un tarot à ma façon, en y incorporant de-ci de-là le graphisme, les couleurs et les symboles à ma convenance. Cela aurait été plus simple pour en donner une interprétation plutôt que s’évertuer à découvrir, une à une, les clés de cryptage d’un tarot du XVIIème siècle.

Paul Marteau, dans les années 1930, a réinterprété un tarot de Marseille. Il a choisit le tarot Conver édité vers 1761 et l’a redessiné, recolorié, modifiant tel ou tel détail au gré de ses connaissances et de son inspiration. Le résultat est le tarot de Marseille des éditions Grimaud et son ouvrage Le tarot de Marseille aux éditions Arts et métiers graphiques.

D’aucuns diront que c’est une réussite puisque le tarot de Marseille des éditions Grimaud est (ou a été) le plus diffusé et reste aujourd’hui très connu, une référence.

En réalité c’est une entreprise risquée de redessiner un tarot ancien. A tous moments, on peut effacer un trait en apparence anodin et altérer une signification. Prenons l’exemple du Dix d’épée. Paul Marteau l’a redessiné – réinterprété – comme à son habitude en respectant une symétrie stricte, très stricte, trop stricte. Dans la Nature, une telle symétrie n’existe tout simplement pas. Les bâtisseurs, les sculpteurs et les graveurs de jadis l’avait bien compris qui polarisaient systématiquement ce qui en apparence se devait d’être symétrique. La droite et la gauche – le soleil et la lune en alchimie – sont deux aspects bien distincts, séparés de l’unité originelle.

 

Dans son ouvrage Le tarot de Marseille Paul marteau donne cette signification du Dix d’épée :

« MENTAL : Jugement équitable, humanitaire.

ANIMIQUE : Satisfaction et accord mystique sur tout sentiment, dans un amour épuré. Affection très élevée.

MATERIEL : Philosophie devant les choses matérielles. Etc… »

Le tarot de Viéville en permet une toute autre vision, diamétralement opposée.

Le Dix d’épée représentent deux épées croisées selon l’expression « croiser le fer ». C’est un duel, un affrontement dur, violent. C’est la carte de la rupture ; du divorce parfois, selon l’entourage.

Le tarot de Viéville traite cette carte d’une manière bien différente de celle de Paul Marteau, et même bien différente de celle du tarot de Conver originel. Par son graphisme subtil le Dix d’épée du Viéville dégage une sensation oppressante avec la mandorle de fourreaux massive et désaxée. Les épées paraissent définitivement enchevêtrées, empêtrées dans la mandorle, marquant ainsi l’enchaînement irréversible de l’action, de cause à effets. Une vilaine tache d’encre noire sur la poignée et la garde d’une des épées – celle qui est dans la direction de l’avenir – donne la vision d’une action qui va s’inscrire dans la noirceur d’une manière indélébile. Une poignée et les deux lames montrent discrètement des cassures, des amorces de ruptures. Une autre tache d’encre noire se porte sur une des deux lames d’épée. Qui plus est, le Dix d’épée est la suite et l’aboutissement des cartes précédentes : le Huit et le Neuf d’épéemarquent des détails similaires en sens.

Le Dix d’épée est la carte de « l’harmonie par le conflit ».

Cette analyse repose sur des faits concrets : tout un chacun peut ressentir et vérifier objectivement ce caractère du Dix d’épée du tarot de Jacques Viéville.

De la comparaison entre ces deux tarots de factures différentes, on retiendra que « le diable se cache dans le détail » comme le dit le proverbe, et que la suppression de cette multitude de détails en apparence inutiles conduit à un plus ou moins grand appauvrissement de la signification du tarot.

En définitive, c’est la cohérence de l’ensemble du jeu du tarot de Viéville qui fait sa valeur.

Le tarot de Marseille de Jean Dodal de 1701 – aujourd’hui épuisé et dont c’est une ambition des éditions SIVILIXI de le rééditer – a conservé cette approche « parlante », signifiante, dans ses arcanes mineurs. Cela confirme que certains maîtres cartier de cette époque connaissait le sens des détails – et même des détails en apparence les plus insignifiants – qu’ils inscrivaient dans les cartes de leur tarot. Je suis convaincu que nombre de maîtres cartier du XVIIIème siècle ne connaissaient plus le sens caché, ésotérique, de leur production. Ils se contentaient de reproduire plus ou moins fidèlement les tarots les plus à la mode.

Un seul exemple pour illustrer mon propos. Que peut bien signifier le demi-cercle représenté dans le dos de la Reine de denier ? Dans le Viéville c’est une image subliminale d’une subtilité inouïe, extrêmement bien dissimulée. C’est un apport de sens supplémentaire, une indication quand à la nature intime de la reine. A contrario, dans la grande majorité des autres tarots, je pense que c’est un vestige incompris, un détail maintenu par tradition, reproduit plus ou moins fidèlement, mais dont on a perdu le sens.

Cela ne s’est pas arrangé par la suite, et victime de tant d’interpolations le tarot a perdu de sa cohésion. Il s’est progressivement vidé de sa substance. De là la perte de sens que je constate aujourd’hui dans les tarots contemporains, tout particulièrement au niveau de la logique des couleurs. L’agencement des couleurs des tarots modernes paraît nettement plus esthétique qu’ésotérique.

Pour autant faudrait-il s’interdire de dessiner un tarot moderne ? Non, certes non, mais pour réussir une telle gageure – dépasser un tarot du niveau du Viéville ou du Sola Busca – il convient, au minimum, d’être conscient des écueils.

Un symptôme de cette perte de sens se reconnaît aujourd’hui dans cette habitude de plus en plus répandue dans la pratique du tarot divinatoire de ne « tirer«  que les 22 arcanes majeurs et d’ignorer les 56 autres arcanes mineurs (au point, d’ailleurs, qu’il n’est pas rare de trouver des éditions récentes de tarots de 22 cartes seulement). Il est probable que plus personne aujourd’hui ne puisse donner un sens objectif aux arcanes mineurs en raison de la perte d’informations dont a été victime le tarot au cours des presque trois cent dernières années (notons cependant qu’un sens subjectif peut être donné empiriquement par la pratique de la divination). Il faut retourner aux tarots anciens pour essayer de retrouver le sens originel ; au moins pour les arcanes mineurs.

Car quel dommage de se passer des arcanes mineurs ! Se limiter aux 22 arcanes majeurs est un grand appauvrissement.

L’impossibilité de comprendre les arcanes mineurs avec les tarots modernes, de donner un sens qui soit autre qu’arbitraire ou conventionnel, a été à l’origine de ma recherche d’un tarot ayant conservé un sens objectif qui soit inscrit sous formes d’informations codées décryptables.

 Au fur et à mesure de l’avancée de mes recherches, le tarot de Viéville m’est apparu comme l’un des rares tarots ayant conservé suffisamment d’informations cohérentes pour espérer le décrypter. De la première à la dernière carte la cohésion s’est avérée fabuleuse.

A titre de comparaison, pourquoi n’ai-je pas décrypté le tarot anonyme de Paris qui pourtant est d’un niveau exceptionnel ? Parce que sa cohésion générale m’échappe. Par exemple, la série des bâtons est très instructive : le croisement des bâtons, les oppositions de couleurs, leurs positions dans le carré terrestre ou le carré céleste forment un ensemble du plus haut intérêt. Au contraire, la série des deniers m’est apparue opaque, quasiment incompréhensible. Bien sûr c’est probablement un avis subjectif. Une autre personne pourrait avoir le sentiment contraire. Mais c’est ainsi et dès lors l’entreprise solitaire – ô combien le travail de décryptage en équipe serait plus productif ! – de décryptage complet ne peut se faire.

 Aujourd’hui que cette étude sur le tarot de Viéville touche à son terme, je dois dire qu’il s’est révélé extrêmement surprenant. J’ai été récompensé de mon postulat de départ,  essentiellement intuitif, qui supposait que ce tarot était une perfection car cela m’a permis en grande partie de comprendre les mécanismes et les buts de ceux, maîtres cartier ou autres, qui jadis ont conçu ces étranges images. Au point que c’est une véritable énigme d’imaginer qui a pu concevoir ce tarot exceptionnel. En tous cas son concepteur ne s’appelait probablement pas Jacques Viéville de son vrai nom, pour la simple et bonne raison que le nom incomplet IAQVE VIEVIL· tel qu’il apparaît au Deux de denier se justifie dans le seul but de former un codage aux sens multiples et convergents, un cryptage ésotérique dont une des clés est le chiffre 69.

Vraiment, la Rota, – le nom ésotérique du tarot – est un Mystère et le tarot de Viéville un de ses plus fidèle serviteur.

 

L’orientation dans le tarot de Viéville

 

Dans le tarot de Viéville comme dans la tradition des tarots de Marseille, il est remarquable que la carte se divise en deux carrés. C’est le double carré où chaque carré représente le haut et le bas mais surtout la principale clé du tarot.

Voici la vidéo traitant de ce sujet :

Paradoxalement, ce double carré est tellement visible qu’on ne le voit pas ! Il est évident à l’arcane VI et à l’arcane VIII (du Viéville, l’arcane VII le chariot du tarot de Marseille).

Là, tout particulièrement, il ne peut pas échapper que la carte est scindée en deux. A l’arcane VI l’angelot est au ciel, les amoureux et l’entremetteur sont au sol terrestre. Par ailleurs, que viendrait faire cet angelot dans le monde terrestre ? Comme expression de la désincarnation sur un autre plan d’existence, il est évident qu’il appartient au monde céleste.

La notion du Ciel et de la Terre est le fondement de toutes les théologies.

Saint-Agustin dans ses Confessions y consacre un Livre (Livre XII) et nous en donne une belle définition : « Que Dieu a créé d’abord le ciel, c’est-à-dire les substances spirituelles qui jouissent de son éternité ; et la terre, c’est-à-dire la matière première dont tous les corps ont été tirés. »

Dans le tarot le double carré représentant le Ciel et de la Terre est une polarisation de l’Esprit et de la Matière, du monde terrestre et du monde céleste, et plus prosaïquement des élans spirituels et de la nécessité matérielle. C’est d’ailleurs au point de jonction de ces deux carrés que se trouve l’équilibre, « le centre de l’action » comme je l’ai nommé, et qui est aussi le centre des préoccupations.

Voilà donc ce que je considère comme la première clé de compréhension du tarot qui nous aide considérablement dans le décryptage des arcanes. Tout particulièrement pour les arcanes mineurs, car dès lors, le haut et le bas des cartes prend un sens. Voyez la plante anthropomorphe du 7 de denier et la disposition en triangle et en carré des deniers : la carte prend une nouvelle signification, un nouveau sens, selon que le carré et la plante sont projetés au sol ou au ciel (voici une autre clé : le carré associé au nombre 4 symbolise la terre, le triangle associé au nombre 3, le ciel).

Bien évidemment cette conception du Ciel et de la Terre dans le tarot contrariera ceux qui s’imaginent que le tarot est laïque. Mais dans cette dernière hypothèse, je prétends que le tarot – qui est ésotérique par nature et par destination – est incompréhensible car incohérent.

Je postule que le tarot – dont le nom mystique est la Rota, la roue des mondes – est une œuvre profondément mystique, l’extériorisation dans un jeu de cartes anodin de la Sagesse Antique des Anciens, dont l’alchimie, la science des transmutations de l’énergie, si présente dans le Viéville, est un des corollaires.

Dans l’hypothèse où le tarot commence à l’As de denier – la graine, le germe, le commencement de la Vie – dans le Viéville le premier mot qui apparaît (en haut à gauche de la carte) est PERE SAINCT FAIT. C’est une allusion sans équivoque à la création du monde par une entité supérieure, un Grand Architecte De L’Univers.

Il existe nombre d’autres inférences de ce postulat dans le tarot, comme l’ange de l’arcane XX qui est une claire indication de la représentation des hiérarchies angélique ; une notion bien lointaine et obscure pour l’esprit rationaliste contemporain mais encore vive dans la conscience de l’homme du XVIIème siècle.

Cette clé du Ciel et de la Terre est pour le tarot l’équivalent du La à 440 hz, le diapason de référence de la musique sur lequel s’accorde l’orchestre.

Les couleurs dans le tarot de Viéville

Les couleurs dans le tarot de Viéville : Le rouge et le noir

Aujourd’hui on peut trouver nombre d’éditions de jeux de tarot inspirés de la tradition du tarot de Marseille, que leurs auteurs ont dessiné selon leur goût. Un des points communs de ces éditions est d’être agréable à regarder : les couleurs sont agencées agréablement, les visages harmonieux. Ces jeux sont plaisants à voir.

Mais s’agit-il toujours de tarots cryptés ; c’est-à-dire de tarots qui contiennent un codage qui permettent d’interpréter efficacement les cartes ou simplement de tarots esthétiques dont le contenu informationnel est secondaire ?

Au commencement de mon ouvrage « Les Mystères du tarot de Viéville » j’ai souligné combien la représentation graphique du tarot de Viéville paraissait grossière et ainsi qu’il ne pouvait pas être considéré à première vue comme un tarot esthétique. En réalité, je fais la démonstration que les nombreuses approximations graphiques du Viéville sont en fait des informations.

Le codage des couleurs a l’avantage d’être plus évident. Ainsi, par exemple, quelle peut être la signification de deux jambes vertes pour le bateleur ??

Au tarot de Viéville, Le BAGA, le personnage de l’arcane I, a deux jambes noires. Inversement, on notera deux jambes rouges au Valet de denier et à plusieurs reprises on observera que les personnages ont une jambe noire et une autre rouge, ou en partie rouge et en partie noire.

Attardons-nous un peu sur cet aspect des couleurs dans le Viéville. L’opposition du rouge et du noir n’est pas une invention du Viéville. On la trouve dans des jeux de cartes antérieurs. Mais étrangement, cette caractéristique – cette information devrions-nous dire – ne se retrouvera plus dans les tarots postérieurs au Viéville.

Pourtant c’est un codage très instructif : le rouge et le noir représentent deux opposés. Le rouge symbolise l’activité, l’action, l’extériorisation, le mouvement ; le noir est la passivité, la réflexion, l’intériorisation. C’est un codage aussi simple qu’efficace.

Ainsi, des deux jambes noires du BAGA, on déduira que – contrairement à l’image qu’il en donne au-dessus de l’établi – notre homme n’est finalement pas dans l’action. Avec le Valet de denier, c’est l’inverse : non seulement il a deux jambes rouges mais en plus il a deux bras rouges ! Ne serait-il pas dans l’excès d’activité, suractif ? Remarquez ses étranges yeux.

Avec la simple opposition de ces deux couleurs, le Viéville nous offre déjà une gamme d’interprétation étendue. Admirez et comparez les jambes noires et rouges de LANPEREVR – l’arcane IIII – et celles du Roi de denier. Vous verrez comment l’un hésite et recule alors que l’autre se retient et favorise encore la réflexion avant d’agir. Dans ce dernier cas, l’information de la polarisation gauche/droite se rajoute à celle de la polarisation rouge/noir.

Le Valet d’épée est également une superbe et complexe illustration de cette opposition du rouge et du noir.

A partir de ces quelques exemples nous voyons donc que le codage des couleurs peut être très instructif. Combiné avec les multiples autres clés (les autres couleurs, l’orientation, la polarisation gauche/droite, le nom, le chiffre et sa position, les ouvertures du cadre de la carte, etc.) il nous permettra d’approcher objectivement la signification de la représentation de la carte.

L’interprétation de l’arcane IX

Afin de faire connaître l’ouvrage « Les Mystères du tarot de Viéville, essai de décryptage d’un tarot ésotérique du XVIIème siècle, les arcanes majeurs », nous vous livrons ici le chapitre complet consacré à l’arcane IX.

Arcane IX

Description

Un personnage vêtu d’un long manteau ouvre à mains nues la gueule d’un lion.

Impression

Mettre ainsi les mains dans la gueule du lion n’est pas un acte banal, même si le lion n’a pas l’air d’être dans sa meilleure forme, dans sa meilleure position. Certains détails sont intrigants dans cet arcane, comme ce pied nu, la traîne multicolore de la robe ou encore cet étrange chapeau.

Le nom

Nous trouvons le nom A FORCE au deux de coupe associé à l’article indéfini « A ».

Dans son premier sens et sa signification la plus populaire, la force est la puissance d’action physique. Or le mot force à cette particularité de changer de sens en fonction de la préposition qui le précède et l’introduit : la force, considérée par rapport aux êtres et aux choses en général ; en force suggère le passage en force et est l’exact contraire de en souplesse ; de force et par force expriment certes l’effort pour surmonter une résistance mais plus certainement la contrainte, l’absence de choix.

Cependant, à force exprime une tout autre idée : la puissance de la volonté[1], la persévérance, à l’exemple des expressions « à force de courage » et « à force de persuasion ». La fameuse citation de Clausewitz « la force utilisée n’est plus la force mais la violence » exprime bien cette nuance entre fermeté diplomatique et brutalité, entre force de volonté et force physique.

Le héros et la chimère

Il existe de nombreuses représentations de l’homme/héros aux prises avec des animaux fabuleux :

« Depuis le héros Gilgamesh étouffant un lion ou aux prises avec Enki Dou, sorte de minotaure ; en passant par Cuculhain, dans l’épopée irlandaise, qui après avoir tué le chien Culann, capture vivant un cerf qu’il ligote entre les deux timons de son char ; nous trouvons, en Germanie le héros Siegfried maîtrisant cerfs et biches à cheval… et Bellérophon tuant la chimère, préfiguration des saints chrétiens tueurs de dragons, saint George et saint Michel.[2] »

Il est toutefois une figuration classique du héros et de la chimère qui nous intéressera spécifiquement, c’est celle de Samson déchirant le lion.

Cette scène de Samson déchirant le lion est une représentation qui, dans les manuscrits anciens, sans être courante n’en est pas rare pour autant. Elle trouve son origine dans l’épisode biblique du Mariage de Samson avec une Philistine[3] :

« Samson descendit avec son père et sa mère à Timna. Lorsqu’ils arrivèrent aux vignes de Timna, voici qu’un jeune lion rugissant vint à sa rencontre. L’esprit de Yahweh fondit sur lui ; et, sans avoir rien à la main, Samson déchira le lion comme on déchire un chevreau. Et il ne raconta pas à son père et à sa mère ce qu’il avait fait. Il descendit [à Timna] et parla à la femme, et elle lui plut. Après des jours il retourna pour la prendre, et il fit un détour pour voir le cadavre du lion, et voici qu’il y avait un essaim d’abeilles et du miel dans le corps du lion. Il en recueillit sur ses mains et en mangea chemin faisant ; et il alla vers son père et sa mère, il leur en donna et ils en mangèrent ; mais il ne leur apprit pas qu’il avait recueilli le miel dans le corps du lion. »

Un peu plus loin, dans le cours du récit, Samson pose cette curieuse énigme aux Philistins :

« De celui qui mange est sorti ce qui se mange, du fort est sorti le doux. » et il donne la réponse le septième jour avant le coucher du soleil « Quoi de plus doux que le miel et quoi de plus fort que le lion ? »

Figure : Samson déchirant le lion, buffet de l’orgue de la cathédrale de Strasbourg

 

Le texte précise que Samson déchira le lion « sans avoir rien à la main ». Il faut comprendre par là que cet exploit, le héros l’a fait à mains nues, c’est-à-dire par lui-même, sans aide matérielle extérieure. C’est donc par un travail intérieur qu’il réalise cet exploit puisque « il ne raconta pas à son père et à sa mère ce qu’il avait fait. » C.G. Jung nous donne une indication sur la nature de ce travail intérieur :

« Il est frappant que les héros tueurs de lion, Samson et Héraclès, soient dans le combat démunis d’armes… le héros est dépourvu d’armes parce qu’il lutte contre lui-même.[4] »

Ce combat intérieur et personnel correspond à une métamorphose puisque le lion étant mort l’illusion est détruite – c’est-à-dire la chimère, ce qui existait avec tellement de force dans l’imaginaire que cela tenait lieu de réalité – et à la place se fait le véritable travail intérieur symbolisé par l’essaim d’abeilles. Plus tard le héros en recueille le miel – la sagesse nouvelle – et en fait profiter son entourage ; autrement dit diffuse la lumière de sa sagesse nouvelle à ses proches, à ses disciples, qui peu avant étaient inconscient de cette métamorphose puisqu’elle opérait sur un plan intérieur.

La métamorphose est opérée par l’intermédiaire du lion, de l’abeille et du miel qui sont des symboles éminemment solaires. Rudolf Steiner explique le lien puissant qui existe entre l’abeille et le soleil et surtout la capacité de l’abeille, par son effort, à transformer sa nourriture en une substance supérieure :

« Ce qui est très particulier, c’est qu’en hiver l’abeille transforme toute nourriture qu’elle reçoit en une sorte de miel. La nourriture est transformée par l’être qui l’absorbe. Et vous pouvez bien vous représenter que c’est là un processus qui requiert une beaucoup plus grande mise en œuvre de forces que lorsque l’abeille est nourrie avec du miel. Dans ce dernier cas, elle n’a pas besoin de mettre en œuvre les forces nécessaires à la transformation du sucre en miel.[5] »

D’un point de vue ésotérique le miel est un don céleste symbole de régénération :

« Le miel est symbole de mort et de vie (Porphyre), d’engourdissement et de bonne vue (Photius), donné aux initiés d’un degré supérieur comme signe de vie nouvelle (Euripide).[6] »

Après cette mise au point, le parallèle entre l’essaim d’abeilles et le miel dans le corps du lion devient plus aisé à saisir il s’agit de la force nécessaire pour métamorphoser, par l’entremise de la lumière solaire – symbole de la révélation divine – la nature terrestre du héros en une nature plus élevée, quasi-divine.

Cette métamorphose nous la retrouvons aussi représentée à l’arcane IX par l’œuf que pond le lion – visible sous le postérieur, dans l’angle du passé terrestre – ici transposition de l’abeille et du miel et métaphore de l’accouchement, pour signifier la renaissance, le renouveau et la fécondité de la transformation.

Dans cette même série du héros face à la chimère, nous trouvons aussi David, le roi-berger, sauvant l’agneau de la gueule du lion[7] (ici l’agneau représente l’innocence du héros), ainsi que Hercule tuant le lion de Némée :

« A deux mains, Hercule le saisit, le tenant étroitement serré, l’étouffant. Sur son visage, il sentait le souffle du lion. Pourtant, il le tenait toujours à la gorge et serrait. Les rugissements de haine et de peur s’atténuèrent de plus en plus ; l’ennemi de l’homme devint toujours plus faible et s’affaissait. Hercule tenait bon. Ainsi, il tua le lion de ses deux mains, sans armes, grâce à sa force personnelle extraordinaire.[8] »

C’est le même combat solitaire et invisible, dans l’obscurité de la caverne ; ce point critique de la lutte de l’homme et du lion symbolique que Jésus dans le logion 7 de l’Evangile de Thomas nous décrit ainsi :

« Jésus disait :

Heureux le lion que l’homme mangera ; le lion deviendra homme.

Malheureux l’homme que le lion mangera, l’homme deviendra lion.[9] »

Le lion

La patte droite du lion est dressée et quatre griffes sont visibles. Nous avons vu que le lion correspond à la chimère, c’est-à-dire au caractère illusoire de la personnalité humaine, le MOY ; la nature supérieure de l’homme étant le Soi, le SAINCT dans le Viéville.

Selon cette interprétation, il est possible de voir dans la patte griffue animale une projection de l’action de la nature inférieure de l’homme, la personnalité – mais une personnalité puissante, royale, à l’image du lion. Ainsi, la patte est dressée toutes griffes dehors pour signifier que la nature inférieure ne se rend pas sans combattre, que la lutte sera difficile avant que du fort sorte le doux.

Les quatre griffes sont sans doute un rappel de « la quadruple nature inférieure [de l’homme] corps mental, corps émotionnel, corps vital [ou corps éthérique], et enveloppe physique.[10] »

La patte gauche est cassée et cette cassure confirme la nature du combat :

« Cet ennemi apparaît partout dans l’alchimie sous la forme du dragon empoisonné ou crachant le feu, ou encore sous celle du lion. A ce dernier il faut couper les pattes (image dans la Pandora, 1588, p. 227) et le premier ou bien doit être tué, ou bien se tue ou se dévore lui-même, d’après la maxime de Démocrite (l’alchimiste) « la nature triomphe de la nature »[11]. »

On remarquera ce qui s’apparente à une déchirure sur le flanc de l’animal et semble occasionnée par la patte gauche, ce qui traduirait une automutilation. Entre la tête du lion couleur jaune et le corps de couleur chair, se trouve une zone de transition couleur orangé

« Dans la langue divine, la couleur safranée désignait l’amour divin révélé à l’âme humaine, l’union de l’homme à Dieu[12]. »

Ainsi, l’automutilation signifierait « s’ouvrir les flancs » à la révélation divine et transmuer entièrement le corps du lion dans la couleur jaune de la manifestation de la lumière céleste.

La crinière couleur or évoque la nature solaire du lion, et s’apparente a un flot énergétique puissant, un feu plutôt purificateur que dévorant et semble émaner du poing gauche du personnage et « envahir » le corps du lion.

La langue est considérée comme une flamme :

« Elle en possède la forme et la mobilité. Elle détruit ou elle purifie. En tant qu’instrument de la parole, elle crée ou anéantit, son pouvoir est sans limite.[13] »

Pour sainte Hildegarde de Bingen, la langue est en relation avec l’élément eau et indique :

« La montée des eaux lorsqu’elles grossissent lors des inondations. De même qu’on forme les mots avec la langue, de même ces eaux, en montant, forment des vagues. On montre ainsi que l’âme désireuse de monter au ciel incite son enveloppe mortelle à chanter les louanges de son Créateur.[14] »

La couleur rouge dans son sens le plus élevé d’amour divin peut confirmer cette signification, mais l’ambivalence du symbole est latente et la position centrale de la langue au milieu de la gestuelle du personnage suggère que l’attention dans le travail doit être spécialement portée sur la maîtrise du langage, car comme le dit l’Ecclésiaste :

« Beaucoup sont tombés sous le tranchant de l’épée, mais moins que ceux qui sont tombés à cause de la langue.[15] »

Les deux dents, au même titre que les griffes et la langue, témoignent de l’âpreté du combat, car symboliquement ouvrir la gueule du lion c’est voir à l’intérieur du psychisme de l’homme, la partie personnelle et secrète, la part d’animalité auquel la personnalité – le MOY – est attachée et cette part de l’homme terrestre ne veut pas mourir, ne se rendra pas sans combattre. Pour Samson le combat apparaît facile puisqu’il déchire le lion « comme on déchire un chevreau », ce qui revient à dire que le héros Samson a atteint ce niveau d’évolution, de maturité, où la volonté sera suffisamment forte pour vaincre le moi inférieur, la personnalité et laisser place nette à la transformation, la métamorphose intérieure.

Nous avons là le principe de la transmutation alchimique où toute transmutation en direction supérieure s’opère par le sacrifice de ce qui est inférieur.

Le personnage

Nature androgyne

Nous l’appellerons « le personnage » en raison de l’ambiguïté de son identité sexuelle si l’on partage en deux le visage par l’arête du nez, on trouvera le côté droit de type plutôt masculin et le côté gauche féminin.

Nous l’avons caractérisé comme « le héros face à la chimère » mais c’est surtout « l’homme face à lui-même » dans sa nature androgyne qui s’exprime ici :

« L’idéal pour l’homme, c’est d’être fort, puissant, mais de savoir aussi dans certaines circonstances manifester la douceur, la bonté, la compassion comme une femme. Et la femme, de son côté, au lieu d’être toujours chétive, vulnérable, dépendante doit être capable de se montrer quand il le faut, forte et résistante. Savoir se polariser, c’est à cela que je veux vous amener pour votre développement et votre enrichissement intérieurs.[16] »

Jeu de main

La main droite présente deux doigts « amputés » et un autre sérieusement atteint.

Cette blessure est imputable à un coup de griffe du lion, signifiant ainsi, comme nous l’avons vu, que la personnalité, le moi inférieur puissant, royal et solaire, ne meurt pas sans se défendre. Les deux doigts symboliquement retranchés sont l’auriculaire, doigt de Mercure et l’annulaire, doigt du Soleil et de la renommée, ce qui peut signifier que dans la nécessaire métamorphose, l’intelligence mercurienne inférieure et la personnalité rayonnante solaire doivent disparaître.

L’avant bras couleur chair est affecté de hachures recouvertes de noir ce qui donne l’impression qu’elles sont très rapprochées. Cette figuration signifie pour le déroulement de l’action, les grandes résistances rencontrées dans la chair de l’homme, la nature physique. La base du bras droit de couleur noire et comportant 15 hachures renvoyant à l’arcane XV confirme l’origine de cette difficulté. Dans ce même bras le triangle vert pointant vers le haut et s’imbriquant dans les hachures orange donne la nature spirituelle de l’action la régénération (le vert) opérant grâce à la révélation de l’amour divin (l’orange). Les hachures sur l’épaule droite suggèrent l’effort et les résistances rencontrées. :

La main gauche est fermée et l’on peut se demander quelle partie de l’anatomie du lion elle pourrait tenir. On peut l’interpréter comme un coup de poing que le personnage assène sur le museau de l’animal. En fait, comme pour la patte cassée, il s’agit de blesser le lion :

« Le lion est, conformément à sa nature ignée, « l’animal affectif » par excellence. Boire le sang, c’est-à-dire l’essence du lion, signifie donc que l’on s’assimile sa propre affectivité. En blessant le lion, on le transperce en quelque sorte, c’est-à-dire que le sentiment est transpercé par le coup bien ajusté de l’arme, c’est-à-dire de l’intuition aiguë qui pénètre les motifs de ce sentiment. En alchimie, blesser, mutiler le lion c’est, en fait, dompter la concupiscence.[17] »

On remarquera les quatre points à la racine des doigts de la main gauche il s’agit de la représentation des saillies de la main. On les trouve représentées sur les mains des personnages des arcanes III et VII et elles symbolisent la vigueur et la puissance de l’action. A l’avant de la main gauche, un petit détail interpelle au dessus de l’index, un cinquième doigt couleur chair est dessiné. Toutefois, ce ne peut être le pouce et il semblerait que ce soit une goutte de liquide sortant du triangle gris situé au dessus de la main. Cette forme grise est elle-même insolite et paraît dessiner une image subliminale dont l’identification, tel un mirage, est aléatoire.

Le bras gauche jaune or est soutenu par l’édifice géométrique de la même couleur qui suggère une sorte de levier pour démultiplier la force du bras et s’échafaude jusque dans le futur terrestre. Le bras sort du manteau largement orienté vers le futur, dont la couleur extérieure se gradue de blanc, d’azur et de bleu-unit-au-noir. Portal nous dit que dans sa signification absolue l’azur représente la vérité divine, aussi faut-il reconnaître dans le manteau le blanc et le noir se graduant dans le bleu comme le symbole de la lutte pour dégager la vérité

« Le Messie est couvert du manteau d’azur pendant les trois années qu’il initie les hommes aux vérités de la vie éternelle ; mais il porte des vêtements noirs lorsqu’il lutte contre les tentations.[18] »

La position et le mouvement des mains sont identiques à ceux de l’archerot de l’arcane VI. Quand on met les deux cartes côte à côte on voit qu’il y a un lien visuel entre les deux personnages l’archerot fixe d’un œil le lion, l’épreuve future, et de l’autre le personnage ; le personnage quant à lui, regarde d’un œil le mouvement des mains de l’archerot et de l’autre œil regarde son dos et semble lui dire « prépare-toi à l’épreuve ! ».

Le pied nu

Ainsi mis en évidence, le pied nu au contact du sol a, bien sûr, une signification précise.

Une indication nous est donnée par le poète Ovide lorsqu’il décrit la magicienne Médée préparant potions et enchantement pour donner une nouvelle vie à son beau-père attendant le moment propice, elle se prépare au rituel magique « lorsque enfin elle [la lune] brille dans toute sa plénitude et que, sa face étant entièrement reformée, elle promène ses regards sur la terre, Médée sort de sa demeure, vêtue d’une robe sans ceinture, un pied nu, ses cheveux tombant de sa tête nue sur ses épaules ; dans le grand silence de minuit elle porte ça et là ses pas errants, sans compagne.[19] »

Dans une note accompagnant ce texte, le traducteur J.P. Néraudau nous précise

« Médée adopte la tenue rituelle propre aux actes religieux ou magiques ; elle est libérée de tous lien, ceinture ou nœud dans les cheveux qui entraverait l’efficacité de ses gestes. Dans l’Enéide, IV, vers 518, Virgile précise que Didon, avant d’accomplir des actes magiques, défait les lanières d’un seul pied, ce qui doit suffire à assurer le contact de la magicienne avec le sol. La nudité de la tête est aussi une manière de ne rien interposer entre la magicienne et les forces naturelles.[20] »

Le pied nu sur le sol est donc là pour que rien ne s’interpose, dans le rituel magique, à la captation des énergies telluriques et, par extension, il témoigne de cette volonté d’établir une profonde empathie physique et spirituelle avec la Nature secrète et mystérieuse du monde terrestre.

Nous voyons que le pied contourne la queue du lion, symbole évident de l’animalité, de la nature inférieure. La queue est aussi un symbole phallique et « cette partie de l’animal contient toute la puissance de l’animal lui-même.[21] » La queue porte deux dards qui présentent un danger pour le pied du personnage et nous inspire l’image de la blessure au pied comme expression du mythe de la blessure originelle :

« Tout se passe comme si, au lieu de remonter le long de l’Arbre pour leur juste réalisation, les énergies de l’Homme s’écoulaient au niveau des pieds par le trou béant d’une blessure. Voilà pourquoi nous allons voir l’humanité, à travers ses livres sacrés, ses mythes et ses contes, exprimer douloureusement son erreur en traînant un pied blessé avec Œdipe, vulnérable avec Achille, mordu par le serpent avec Eve. Puis nous découvrirons les prémices d’une guérison avec Jacob tenant en sa main, à sa naissance, le talon de son frère Esaü. Nous verrons alors se dessiner le mouvement de pénitence de l’humanité avec Marie-Madeleine, la prostituée, venant oindre de parfum les pieds du Christ et les essuyer de sa chevelure. Nous participerons enfin à la guérison totale de l’humanité avec les apôtres dont, avant la Cène, le Christ, médecin cosmique, lave les pieds.[22] ».

Situé dans la zone cruciale du présent terrestre, le pied est bien établi car tous les orteils sont bien dessinés et deux ongles sont visibles ce qui signifie l’ancrage puissant au sol physique.

Figure : La blessure au pied[23]

Le chapeau et le visage

Le chapeau dessine la lemniscate ∞, symbole de l’infini et marque ici probablement la bonne communication entre les deux hémisphères cérébraux, la bonne circulation des informations. :

Sur le côté gauche, correspondant à l’hémisphère cérébral gauche logique, le chapeau montre les trois couleurs principales de l’Œuvre Alchimique dans leur ordre d’apparition le noir, le blanc et le rouge.

Sur le chapeau, les triangles verts dirigés vers le haut symbolisent des feuilles à la recherche de la lumière et sont signe de vitalité, de vigueur d’esprit. Les triangles imbriqués jaunes dirigés vers le bas symbolisent la lumière et signalent les énergies spirituelles descendantes. Il faut se souvenir que le vert et le jaune sont aussi, dans leur sens négatif, symbole de folie, de dégradation morale ici l’équilibre mental dans l’épreuve est indispensable.

Le décalage du haut du chapeau et son débordement sur le côté gauche marque un déséquilibre signalant qu’un excès d’intellectualisation – correspondant au cerveau gauche logique – au détriment de l’intuition – correspondant au cerveau droit analogique – serait préjudiciable à l’harmonie de la pensée.

La forme du chapeau suggère, en image subliminale, un chat assoupi. Le chat a un rythme spécifique, il dort souvent le jour et chasse la nuit grâce a sa capacité à voir dans les ténèbres nocturnes. Il y a là une inversion des valeurs par rapport à l’homme et, à l’emplacement du cerveau, siège du mental, sans doute une évocation de l’état de veille où l’homme est réputé conscient et de l’état de sommeil où il est inconscient. Le chat assoupi représente donc l’état paradoxal où l’inconscient domine l’homme. Nous savons que la lemniscate sur lequel repose le chat symbolise l’infini et on peut imaginer que l’Œuvre Alchimique – dont les trois couleurs principales sont représentées – serait réalisé si l’homme, par quelque tour de force, devenait conscient dans tous les états que traverse son psychisme, c’est-à-dire conscient dans l’état de veille mais aussi dans l’état de sommeil. La métaphore du chat assoupi sur la lemniscate trouverait ainsi tout son sens ésotérique.

Le regard du personnage est intense et sa direction dans le passé, vers les arcanes précédents, dans la direction où « se lèvent les âmes », produit un effet spécifique, tout comme si le personnage voulait dire « voyez ce qui vous attend » et ferait de lui comme un gardien du seuil avertissant que le passage sera ouvert à celui qui aura réussi l’épreuve.

Et effectivement, seul le regard, « le langage des yeux », peut annoncer cela car la bouche apparaît « mutilée », marquant ainsi le silence du personnage, son mutisme. « Savoir et se taire » tels sont les préceptes du disciple dans « la voix du silence » et nous pouvons faire le parallèle avec le secret que garde Samson en ne disant rien à son père et à sa mère car l’épreuve, le travail, est personnel, intérieur. Hercule étouffe le lion dans le secret de la caverne, il le fait se taire et l’asphyxie ; autrement dit, il ne laisse plus exister la personnalité inférieure. A ce stade, la langue rouge du lion comme organe de la parole présente un danger et le silence observé par le personnage et son regard détourné montre qu’il ignore les gémissements de la nature inférieure chimérique qui, comme jadis, veut vivre et exister par elle-même.

Egalement, nous pouvons observer que le personnage gonfle ses joues. Ce détail note la tension de l’effort car, physiquement et symboliquement, on souffle quand l’effort est fini, lorsqu’il a produit ses résultats. Ainsi le personnage garde son souffle, son énergie.

Mais peut-être est-ce aussi une forme de peur face au combat terrible que l’Esprit devra mener face à la personnalité inférieure, le lion :

« Celui qui doute s’attache une pierre à la jambe. Celui qui a peur retient son souffle.[24] »

Le cou et le buste

La tête se rattache au buste par le cou et celui du personnage est vigoureux. Les tensions et l’effort dans le cou sont notés par les hachures resserrées. L’encolure carrée à la jonction du buste et du cou signifie l’attachement lumineux (le jaune) aux choses du monde terrestre (le carré représente la terre).

La poitrine rouge active, siège du cœur et des poumons, du sang et de l’air, du fluide actif circulant dans le corps, est encadré du noir secret et intériorisé d’où s’articule le départ de l’action, les épaules.

Dans la zone rouge de la poitrine, nous pouvons distinguer comme une sorte de page écrite, séparée par un triangle effilé qui suggère une lame de couteau. Est-ce une métaphore pour dire que ce qui était écrit doit se réaliser et qu’ensuite la page est tournée ?

La queue du paon

Dans le futur terrestre de la carte, partant de l’intérieur du manteau nous voyons se déverser un courant lumineux de couleurs. Hormis le vert, toutes les couleurs du tarot sont présentes, y compris l’orange, discrètement. On remarquera aussi que le noir n’atteint pas le cadre.

Sur la bande jaune, on compte 19 divisions qui renvoient à l’arcane du Soleil. Sur la bande gris/bleu, il y a 33 divisions. Trente trois ans, c’est l’âge qu’avait le Christ à sa mort[25] et par la double figuration du ternaire c’est le chiffre de l’accomplissement du ciel sur la terre car chaque monde (ciel, terre, enfers) est symbolisé par un chiffre ternaire.

Il est possible de faire le rapprochement entre ce flot de couleurs et l’un des stades de l’Œuvre alchimique, la queue du paon :

« L’apparition de Vénus au firmament annonce les plaisirs des sens ; c’est un prodigieux jeu de couleurs que Basile Valentin appelle la queue du paon. Semblable à l’arc-en-ciel elle annonce « le passage prochain de l’humide au sec ».[26] »

On peut voir dans le passage de l’humide au sec la maîtrise des émotions et des désirs – symbolisé par l’élément eau – permettant l’accession aux Feux supérieurs[27] ; ce que semble indiquer le passage suivant :

« La queue chatoyante du paon (cauda pavonis) constitue, dans de nombreux textes ou images, le signe de la transformation visible de substances inférieures en substances supérieures ; elle symbolise aussi parfois un procédé qui a échoué, ne produisant que des impuretés (procédé symbolisé par la caput mortuum, la tête de mort).[28] »

Pour Jung, la phase alchimique de la queue du paon désigne une prise de conscience aboutissant à une série de  transformations :

« Ce jeu de couleurs annonce sa nature de Vénus et de paon (cauda pavonis). Psychologiquement, cela veut dire que, pendant la période où l’inconscient est rendu conscient, la personnalité traverse de multiples transformations qui apparaissent tantôt sous un jour tantôt sous un autre, ce qui entraîne des humeurs de différente nature.[29] »

Ce stade de la queue du paon représente l’achèvement de la première partie de l’Œuvre où la couleur verte, longtemps présente, a disparue au profit d’un rouge pourpre. C’est donc vraisemblablement un processus de régénérescence.

Le chiffre neuf

Neuf est la puissance carrée de trois :

« Chaque monde est symbolisé par un triangle, un chiffre ternaire le ciel, la terre, les enfers. Neuf est la totalité des trois mondes[30]. »

Neuf au carré donne 81 et 8 + 1 = 9, 81 étant « le chiffre parfait de la vie sur terre ».

Neuf est ressenti comme lié à la procréation, particulièrement avec le chiffre 6 par 6 x 9 = 54 et 5 + 4 = 9. Dans cette association, 6 et 9 représentent chacun une polarité et 9 est lié à la gestation les neuf Muses sont nées de Zeus lors de neuf nuits d’amour. L’étymologie du chiffre 9 traduit cette notion de gestation, de nouveauté par son sens littéral neuf, nouveau. Cette parenté se retrouve dans les langues les plus diverses[31]. :

Dans le Viéville le chiffre 9 est matérialisé par le chiffre romain IX, qui se lit 10 – 1, la décade moins l’unité.

Ici, le novénaire représente le stade intermédiaire qui précède la fusion de l’unité dans la perfection de la décade, symbolisée par le X.

Ensuite, nous verrons que le passage du X au XI par la réintroduction de l’unité régénérée correspond à un processus qui consiste à passer du IX au X et du X au XI et que l’on pourrait appeler le passage symbolique de la porte ; la porte étant matérialisée par le chiffre X.

Dans un ordre d’idée parallèle, Hésiode mesure symboliquement le temps qui sépare le ciel de la terre et celui-ci de l’enfer :

« Une enclume d’airain tomberait du ciel durant neuf jours et neuf nuits, avant d’atteindre, le dixième jour, à la terre ; et, de même, une enclume d’airain tomberait de la terre durant neuf jours et neuf nuits avant d’atteindre, le dixième jour, au Tartare.[32] »

Neuf est aussi le premier carré magique dans lequel s’inscrit la puissance carrée de trois

4 9 2
3 5 7
8 1 6

Sens synthétique

Le lion de la personnalité doit être vaincu pour que s’exprime la nature supérieure de l’homme et s’ouvre le chemin vers la lumière. Dans cet âpre combat intérieur l’épreuve est permanente, aussi la vigilance doit être constante et la volonté ne doit pas faillir.

[1] Ou dans un sens négatif, son absence, comme le confirme les expressions du type : « à force de se laisser aller… »

[2] Encyclopédie des symboles, éd. Livre de poche.

[3] Juges, 14.

[4] Métamorphose de l’âme et ses symnboles, éd. Geog, p.639.

[5] Abeilles, fourmis et guêpes, éd. Triades.

[6] Les Mystères d’Éleusis, V. Magnien, éd. Payot, p.135.

[7] David sauvant l’agneau de la gueule du lion, plaque d’argent, Chypre, vers 613-630, New-York Metropolitan Museum of art, et Initiale du Psaume LII, Psautier vespasien, vers 735, Cotton  Ms Vespasian A.I, fol 53r, British Library, Londres.

[8] Les travaux d’Hercule, A. Bailey, éd. Lucis.

[9] Traduction J.Y. Leloup, éd. A. Michel, p.17.

[10] Ibidem.

[11] Les racines de la conscience, C.G. Jung, p.495.

[12] Des couleurs symboliques, F. Portal, p.240.

[13] Dictionnaire des symboles, éd. R. Laffont.

[14] In Encyclopédie des symboles, éd. Livre de poche.

[15] Ecclésiastique XXVIII, 18.

[16] Le langage des figures géométriques, O. M. Aïvanhov, éd. Prosveta, p.71.

[17] Mysterium conjunctionis, C.G. Jung, éd. Albin Michel, tome 2, note 403 p.134.

[18] Emblemata Biblica, MSS. XIIIème siècle, Bibliothèque Royale. In Les couleurs symboliques, F. Portal, p. 158.

[19] Les Métamorphoses, VII, 182. Ovide. Folio classique.

[20] Ibidem.

[21] Faune et Flore sacrée dans les sociétés Altaïques, J.P. Roux.

[22] Le symbolisme du corps humain, A. de Souzenelle, p. 92, éd. Albin Michel.

[23] Cathédrale de Burgos.

[24] Ere nouvelle, communauté, Helena Roerich, éd. Agni Yoga, p.52.

[25] C’est aussi l’âge qu’avait le Bouddha Gautama lorsqu’il vécut son illumination.

[26] Philosophischer Hauptschlüssel, in Alchimie et Mystique, A. Roob, p.150. 

[27] Stade initiatique décrit dans une autre tradition  sous le nom de yoga du feu ou Agni Yoga.

[28] Encyclopédie des Symboles, p. 503.

[29] Mysterium conjonctionis, éd. Albin Michel, tome 2 p.76.

[30] Dictionnaire des Symboles, éd. R. Laffont, Bouquins.

[31] Voir Les nombres, E. Bindel, p.330.

[32] Les Travaux et les Jours, Hésiode.

L’interprétation du deux de denier

Voici un extrait de la deuxième partie de l’ouvrage « Les Mystères du tarot de Viéville, essai de décryptage d’un tarot ésotérique du XVIIème siècle : les arcanes mineurs », le chapitre consacré au Deux de denier :

DEUX DE DENIER

Description

Un S inversé entoure deux deniers et des plantes se développent à chacune de ses extrémités.

Le nom et la ville du maître cartier sont inscrits sur la bande centrale du S.

Impression

Le S inversé n’est pas une nouveauté dans le Viéville puisque nous le retrouvons dans les textes des cartes. Seulement ici il occupe la totalité de l’espace de la carte et sa couleur jaune est omniprésente.

Comme souvent dans le Viéville, il y a cette orthographie fantaisiste où le J de Jaques est approximatif et cette bizarrerie qui consiste à abréger le nom du cartier Viéville[1] en Viévil·. C’est tout à fait étrange pour nous qui prenons un soin extrême à ce que notre nom soit correctement orthographié.

Le 8 ouvert

Le S inversé dessine un 8 ouvert et le dessin marque bien la perspective où la bande du 8 s’ouvre, se disloque même, pour modifier la figure initiale du symbole ∞ de l’infini et convertir le mouvement linéaire des polarités en une dualité. Autrement dit, il y a rupture de la boucle polaire infinie pour déboucher sur un équilibre des opposés. Dans son sens le plus élevé le 8 fermé représente la divinité suprême établie dans son immanence et la rupture donnant le 8 ouvert est le jeu des polarités duelles qui fait naître le mouvement cosmique.

Figure 7 : Galaxie spirale dite barrée

 

 

Le dédoublement de cette figure du 8 ouvert, le S inverse, donne le fameux svastika, symbole de la spirale dynamique à quatre branches :

Figure 8 : Svastika, spirale à quatre branches[2]

 

Bien moins connu que cette figure de la svastika, le S est une figure que l’on retrouve parfois sur les absides des églises romanes et spécialement au chevet, à l’Est :

Figure 9 : Le S au chevet de l’église romane

 

Sur le fameux tympan de l’abbatiale de Moissac, énigmatiquement, nous voyons le S dans les griffes de l’aigle du tétramorphe :

 

Figure 10 : Le S dans les serres de l’aigle

 

Le jour et la nuit

Aux extrémités du S inverse nous voyons deux plantes dont l’une a une fleur dont le calice est ouvert et découvre une sorte de cœur rouge actif, alors que le calice de l’autre plante est fermé. Certaines plantes s’ouvrent à la lumière du jour et se referment à la nuit.

Aux deux extrémités du S, la plante fermée symbolise la nuit et la plante ouverte, le jour.

Au milieu de la carte, dans le nom VIEVIL· nous pouvons lire VI et VI (VIEVIL) qui correspondent dans l’année solaire aux deux périodes de six mois aboutissant à deux extrêmes : le solstice d’été où la durée du jour est la plus longue et son opposé, le solstice d’hiver où le jour est le plus court.

De cela, nous pouvons déduire que le denier du bas vers lequel se tourne la plante ouverte représente le solstice d’été, l’apogée du jour, le maximum de lumière ; et inversement, le denier du haut représente le solstice d’hiver, le maximum des ténèbres, de la nuit[3]. C’est une illustration astronomique des extrêmes, les pôles positif et négatif qui se rejoignent dans une figure d’équilibre.

 

Les opposés

Comme on pouvait s’en douter, le nom du maître cartier est un véritable texte chiffré et certainement un nom de circonstance[4]. Ainsi, en guématrie, nous trouvons un total de 69 dans l’inscription sur la bande centrale :

IAQVES VIEVIL· APARIS

1      5      5 1  5 150           1

Comme nous l’avons vu à l’As de denier, le chiffre 69, figure assez proche du Yin et du Yang oriental, est le chiffre symbolique de l’Ouroboros, le serpent qui se mord la queue. Dans le contexte du Deux de denier il représente les polarités.

Toutefois le texte cache encore quelques subtilités. Dans le nom VIEVIL· nous pouvons lire VIE et VIL qui sont deux termes philosophiquement opposés : le but de la VIE n’est pas VIL, la vilénie, mais beauté. Nous voyons là les opposés à l’œuvre, et même le bien et le mal puisque nous pouvons lire aussi EVIL, qui en anglais désigne le mal, terme dont dérive devil, le diable.

Ainsi, le jour et la nuit, expression de la dualité cosmique principielle, trouve au centre de la carte – le centre des préoccupations – son exutoire dans le combat des opposés, le bien et le mal, le principe de vie et le principe de mort, les forces de construction et les forces de destruction.

Le prénom Jacques est bizarrement orthographié et le S est quasiment effacé. Le terme jaque désigne une sorte de tunique étroite ordinairement munie de manches que portaient les hommes au moyen-âge et ce nom serait rattaché à Jacques, ancien sobriquet du paysan français parce que ce vêtement était surtout porté par les paysans[5]. La Grande Jacquerie de 1358, cette révolte paysanne due à la famine et à la guerre de Cent Ans, est un fait marquant de l’histoire de France. Le Jacques ou Jaque serait donc le paysan et une illustration du monde rural.

A l’opposé, dans le futur céleste de la carte, nous trouvons la mention APARIS qui désigne la ville de Paris, la métropole, l’archétype de la cité et le pôle opposé à la campagne. Il y a là l’illustration de deux archétypes diamétralement opposés, le monde rural et le monde citadin, dont la problématique est intemporelle comme nous l’avons vu à l’arcane XX.

On remarquera simplement que le S de APARIS est dans tout le Viéville le seul S qui soit figuré dans ce sens, celui de IAQVES étant à moitié effacé et donc n’ayant pas d’existence véritable. Est-ce à interpréter comme une connotation négative de la vie de la cité, que l’air y est malsain et lire qu’il « y’a que vie vile à Paris » ?

 

Précisément au centre de la carte, nous trouvons le V qui schématise une tête de taureau. Le taureau est l’animal lié à la terre, aux influences telluriques, qui exprime bien la dualité des extrêmes dans son caractère car il est de nature placide mais la puissance de ses emportements, de sa fureur sont caractéristiques. La paire de cornes du taureau est le symbole de cette nature ambivalente qui, en certaines circonstances,  s’exprime dans le paroxysme des extrêmes.

Ce centre de la carte est le point d’équilibre entre les forces contraires, à l’image de la gravitation qui en réalité se décompose en deux forces antagonistes : la force d’attraction et la force de répulsion. Qu’une de ces deux forces soit localement plus ou moins atténuée et l’équilibre est rompu dans un sens ou dans l’autre : l’objet s’élève dans les airs ou, au contraire, reste cloué au sol d’une manière colossale.

Comme parallèle possible, nous avons dans la mythologie égyptienne, la déesse Hathor, épouse d’Horus, portant le disque lunaire au plus haut de sa tête, entre les cornes de la vache. Il y a là l’image de la conjonction, le point d’équilibre où le disque lunaire coïncide avec le disque solaire et où exceptionnellement et momentanément une force l’emporte sur l’autre.

Le chiffre V serait-il le nombre qui, comme point d’équilibre sous sa forme 2 + 1 + 2,  s’adapte le mieux à l’expression de ces deux forces antagonistes ? C’est ce que semble nous dire le tarot de Viéville.

Les deux deniers

Le denier change d’échelle mais garde la structure primitive de l’As de denier. L’effet de roue est ressenti dans l’entraînement de la bande du S et la couronne de feuille de l’As se perçoit dorénavant davantage comme les dents d’un engrenage que comme une couronne de feuilles.

La couronne du denier du bas compte 12 dents et celui du haut 13 dents, et le denier du haut n’a pas de couronne extérieure, ce qui reste difficile à expliquer. Vingt-quatre comme résultat de l’addition de 12 + 12 est une dimension supérieure du cycle de douze et se retrouve dans les 24 heures de la journée et ésotériquement dans les 24 vieillards de l’Apocalypse de Jean. L’ajout d’une unité au chiffre 12 le transforme en 13 et introduit « L’irruption de l’inconnu dans la norme acceptée » comme nous le définissions au chapitre Le chiffre XIII de l’arcane XIII. Le total de 25 (13 + 12) est peut-être en résonance avec 5 « nombre du mal » comme nous l’expliquions au chapitre Le chiffre XV de l’arcane XV.

La main et l’œil

La plante de la fleur fermée paraît dessiner une main et ses cinq doigts : le pouce, blanc, doigt de Vénus, s’identifie à l’organe reproducteur de la plante ; l’index, doigt du commandement ou de Jupiter, est dans le jaune et porte le calice de la fleur, le cœur de la plante ; le majeur, doigt de la fatalité ou de Saturne est blanc et neutre ; l’annulaire, doigt de la renommée ou du Soleil, porte la feuille, le réservoir d’énergie ; l’auriculaire, doigt de l’intuition, nimbé du rouge de l’activité est en contact avec le cadre dans le passé. Sans doute cette main nous montre-t-elle les modalités d’action dans la nuit, dans l’inconscient.

La plante avec la fleur ouverte, le jour, dissimule dans sa feuille un œil ouvert. On peut y voir une adaptation de l’Œil Oudjat, symbole protecteur représentant l’Œil du dieu faucon Horus.

Figure 11 : Œil Oudjat

 

L’Œil Oudjat était peint sur la proue des bateaux et avait une fonction magique liée à la vision de « l’invisible » et permettait aux bateaux de « voir » et de tenir leur cap. Il faisait aussi office de protection sous la forme d’amulettes[6].    

Au Deux de denier, l’œil est associé à la fleur ouverte, au jour et à la lumière maximale par le solstice d’été. Il est tourné vers le futur et regarde l’avenir :

« Suivant la conception égyptienne, l’œil est le siège de l’âme ; ainsi Osiris est caché dans l’œil d’Horus. L’œil est la traduction alchimique du ciel : « C’est comme une sorte d’œil ou de vue de l’âme, par quoi les sentiments de l’âme et ses intentions nous sont souvent indiqués, et par les moyens et le regard duquel (du ciel) toutes choses prennent forme [Coelum Sephiroticum, Steebus, 1679, p.11] ».[7] »

Le sens du S

Nous avons dit à l’arcane XV que l’orientation du S désigne l’évolution ou l’involution et que la queue du Dyable, représentée dans le sens inverse de la spirale du Deux de denier, symbolisait l’involution,  la chute, la descente dans la matière. A l’inverse, le sens du Deux de denier correspond à l’évolution, à la réintégration et au sentier du retour. Effectivement, nous retrouvons ce schéma dans le Deux de denier puisque la spirale débute à l’Est avec la fleur fermée, la nuit, et abouti à l’Ouest à la fleur ouverte, le jour ; donc, symboliquement des ténèbres vers la lumière. Toutefois, à première vue, il y a une apparente contradiction puisque traditionnellement l’Est correspond à l’aube et l’Ouest au crépuscule. Il faut y voir la désormais classique inversion des valeurs car le sentier du retour suit le mouvement apparent du soleil dans le ciel avec comme corollaire que lorsque le soleil se couche à l’Ouest, l’Est est déjà plongé dans les ténèbres de la nuit. Ici, symboliquement, le sentier du retour correspond à la traversée de la nuit, où l’âme guidée par l’œil d’Horus parcours les ténèbres désormais en toute conscience.

   Sens synthétique

Les deniers représentent les modalités de mise en œuvre de l’énergie dans le monde terrestre, la terre.

La spirale dorée est le principe d’animation qui créé le mouvement mais dans un équilibre précaire entre les forces de construction et les forces de destruction. Dans le combat des polarités la VIE l’emportera sur le VIL pour peu que l’Œil, la perception et la conscience de l’invisible, s’éveille à la lumière.

[1] Attesté dans les actes de l’époque, comme le démontre Henri René d’Allemagne dans son ouvrage « Les cartes à jouer du XIVème au XXème siècle ».

[2] D’après Motifs bretons et celtiques, M. Le Gallo, éd. Coop Breizh.

[3] L’auteur aurait mieux imaginé le solstice d’été dans le carré céleste, mais tel ne semble pas être le cas et les raisons d’une telle inversion échappent. Cependant le jour dans la partie Ouest de la carte a sa logique puisque cela peut représenter le crépuscule.

[4] Pourtant, comme nous l’avons mentionné dans l’épilogue de la première partie, Viéville est le nom attesté dans les actes notariés de l’époque. Certes, l’état-civil du XVIIème siècle n’a rien à voir avec la précision de celui d’aujourd’hui et se créer de toutes pièces une nouvelle identité ne devait guère faire de difficultés. Cependant, il reste que changer de nom pour satisfaire au cryptage du tarot tend à confirmer le haut niveau  de préparation qui a présidé à l’origine de ce tarot.

[5] Attesté dès 1364. Dictionnaire Robert de la langue française.

[6] Source Wikipédia.

[7] Mysterium conjunctionis, C.G. Jung, éd. Albin Michel, T.1, p.99.

L’interprétation du trois de denier

Cet article est un extrait de l’ouvrage « Les Mystères du tarot de Viéville, essai de décryptage d’un tarot ésotérique du XVIIème siècle » :

LE TROIS DE DENIER

Description

Trois deniers sont disposés en triangle au centre d’une végétation opulente. Deux fleurs rouges dessinent une figure de cœur au-dessus du troisième denier. Les tiges passent entre les deux deniers et la végétation se répand dans le haut et le bas de la carte.

Impression

C’est à un déchaînement végétal auquel nous avons affaire ; feuilles et tiges paraissent exploser depuis un centre entre les deux deniers. Dans ce fouillis de feuilles et de tiges convulsées, les deux points rouges des fleurs se distinguent mais le centre visuel de la carte est bien cet étranglement entre les deux deniers.

L’endroit de l’envers

Décidément, le tarot de Viéville est avant tout une quête du sens et il est parfois difficile de s’orienter dans ce labyrinthe crypté. Au Trois de denier nous nous trouvons face à un dilemme qui sera dorénavant fréquent dans la série des mineurs : déterminer où se situe le haut et le bas. Avant tout, il ne faut pas se baser sur le tampon BR de la Bibliothèque Royale, ancêtre de la BNF, la Bibliothèque Nationale de France, puisque ce tampon a été rajouté par le conservateur à l’emplacement de ce qu’il a supposé être le bas de la carte et cela ne constitue qu’un artefact. C’est pour cette raison, afin de retrouver l’état originel du jeu[1], que dans la nouvelle réédition du tarot de Viéville les tampons BR ont été effacés électroniquement.

L’opération de définir le haut du bas est plus complexe qu’elle n’y paraît car, bien sûr, il y a une logique à toutes les dispositions des cartes. Nous savons que le Viéville est ordonné avant tout selon le paradigme du Ciel et de la Terre où s’affrontent Esprit et Matière. Donc, nous voyons bien dans le cas du Trois de denier, selon la façon dont on positionne la carte, le triangle formé par les trois deniers est soit dirigé vers le Ciel, soit vers la Terre : la pointe du triangle désigne alors la direction que prennent les énergies et la signification de la carte change du tout au tout. Aussi, le triangle, d’après le sceau de Salomon, devient ainsi soit feu, soit eau.

Les traces-fantôme en filigrane vont nous apporter une indication car nous savons que les cartes sont appariées. Le Trois de denier est relié au Six de denier et l’examen des traces-fantômes nous donne la position relative de l’un par rapport à l’autre : si le Trois de denier a le triangle dirigé vers le haut, les roses positionnées dans le carré céleste, alors le Six de denier a ses grosses feuilles vertes dans le carré céleste ; ce qui est pour ce dernier une position de déséquilibre comme nous le verrons. Voilà donc une précieuse indication et notre responsabilité se limitera à faire un choix quelque peu arbitraire entre ces deux positions pour la bonne lecture de cette étude.

Il y a donc une confusion du sens volontaire de la part du concepteur du Viéville. Le lecteur devient autonome pour interpréter le sens selon son intuition, sa propre perception momentanée du Ciel et de la Terre. Ce choix du sens devient un acte personnel du lecteur et c’est une métaphore de la sagesse ou de la folie du monde. Dans le monde physique il y a un haut et un bas : nous sommes sur terre et la gravité ordonne toute chose selon cette loi en apparence immuable. Mais dans le monde de la raison la confusion du sens est aisée, elle peut être générale car il ne manque pas de mirages qui puissent nous faire mettre « le monde à l’envers ».

Cependant, dans la pratique, il ne faut pas oublier qu’aucune carte n’est isolée, elles sont reliées les unes aux autres, et comme le pendu de l’arcane XII est soit en lévitation, soit bel et bien pendu, c’est l’entourage qui détermine le sens circonstanciel de la carte.

Les deux roses

Encadrant le denier du haut, deux fleurs, dans un élancement végétal, forment une belle figure de cœur. Ce sont des roses rouges.

Les roses sont souvent considérées comme l’apothéose du règne végétal par la texture de leurs pétales qui paraissent charnelles ; par la délicatesse de leurs couleurs dont le rose, mélange de blanc et de rouge, est emblématique ; par leur parfum d’une finesse incomparable et par leurs épines, expression de la dureté de la condition terrestre. Comme le lichen est à la frontière des règnes minéral et végétal, la rose est à la frontière des règnes végétal et animal car elle est l’expression de ce qui veut dépasser sa condition initiale, exister dans une autre dimension. C’est une des principales raisons pour laquelle elle est un symbole si prisé des mystiques occidentaux[2], parce qu’analogiquement, l’homme, lui aussi, est à la frontière du règne humain et du règne divin. Ce que Jésus traduisait par « Vous êtes des Dieux[3] ! ».

La rose est rare dans le Viéville puisque nous l’avons trouvée seulement au sommet de la chaire de l’astronome de l’arcane XVII. Ici nous avons deux roses dont le rouge traduit la nature active. Leur dessin montre des différences entre elles, car elles sont polarisées. Ces roses sont le prolongement des deux fleurs du Deux de denier, le jour et la nuit. On remarquera que l’Œil du Deux de denier se retrouve dans l’angle du futur céleste, mais seulement à l’état de trace. C’est une indication et la rose de gauche correspond au jour, à la lumière.

Toutefois, il faut discerner un autre schéma où les roses sont l’expression d’une polarité et d’une activité (voir schéma).

Ce schéma se rapporte aux polarités cerveau gauche, analytique et solaire, et cerveau droit, analogique et lunaire, qui, comme nous le savons, forment une clé fondamentale du tarot de Viéville. Les roses sont le point de départ des énergies et les tiges représentent les canaux par lesquelles elles circulent et qui se croisent entre les deux deniers. Ce point névralgique est le nœud où les roues entraînent les énergies qui se déversent dans le carré terrestre et aboutissent dans la zone du présent terrestre. D’ailleurs, le cœur dessiné par les deux roses se reflète inversé mais imparfaitement dans le carré terrestre.

Le cheminement des énergies va du haut vers le bas mais aussi du bas vers le haut comme l’indiquent les naissances qui dessinent des flèches sur les tiges. Dans ce schéma de circulation des énergies nous retrouvons le S spirale du Deux de denier mais dédoublé. Ici, la polarité, combinant le mouvement primitif de la spirale, est en action. Cela se traduit par cette débauche d’énergie, cette exubérance végétale sans autre équivalent dans le Viéville. Cependant le flux d’énergie est si puissant que le contrôle reste difficile. Nous avions décrit ce paroxysme végétal comme la poussée de la végétation sous l’effet de la chaleur après de fortes pluies, un peu comme dans un climat tropical. La fertilité et les conditions favorables amènent donc un certain désordre, une croissance parfois désordonnée. Analogiquement et rapporté à la polarisation cerveau droit/cerveau gauche, c’est aussi la marque d’une pensée, d’un mental fertile mais sujet à la dissipation.

Figure 12 : Schéma d’activité du Trois de denier

Dans le carré terrestre, les énergies se sont croisées et nous retrouvons le schéma corporel du côté droit correspondant au cerveau gauche et inversement. Nous voyons le fort apport de lumière (le jaune qui déborde) dans le futur terrestre où le bourgeon dessine une sorte de couronne et la feuille qui se développe dans l’une des rares ouvertures du cadre de la carte exprime une expansion dans le futur. De l’autre côté, l’expansion est forte mais contenue par le cadre et l’on observera la feuille recroquevillée dans le passé terrestre que l’on rapprochera des racines de l’arbre de la Lune de l’arcane XVIII.

Il est intéressant de s’attarder un peu sur l’épine de la rose de droite. L’épine est ce qui blesse comme nous l’avons vu dans la blessure au pied. Là, comme production de la plante, elle est la réponse défensive à la perception du danger. Si l’on extrapole, c’est un réflexe de peur ici associé au cerveau droit analogique. Cette spécificité de la polarisation cérébrale serait vérifiée scientifiquement :

« En outre, la reconnaissance des émotions exprimées par un visage ou le ton d’une voix est très compromise en cas de lésion droite. Par exemple, un patient au cerveau droit endommagé assiste, sans trahir peur ni dégoût, à la projection d’un film chirurgical plein de détails que les sujets normaux ne supportent pas.[4] »

Les trois deniers

Le triangle formé par les trois deniers est le signe d’une très forte activité, d’autant qu’orienté vers le haut il correspond au triangle feu de l’étoile à six branches.

Le denier du haut a huit dents dans sa couronne intérieure et dessine une étoile à huit branches parfaite. Les roses des cathédrales sont souvent basées sur le chiffre 8 et son multiple 16 qui expriment l’équilibre de la construction dans le monde terrestre du carré, du quatre.

On notera que le denier du haut est seulement en contact avec la rose et la feuille de droite. C’est un détail qui a son importance dans les arcanes mineurs car il indique, en fonction du contexte, un lien, une influence, une corruption, ou même une fuite d’énergie. Dans le cas présent, il se peut que l’aspect intuitif du côté droit du cerveau soit une source de vitalisation du denier à huit dents ; huit ayant une forte tendance passive.

Les deux deniers à la base du triangle forment les roues d’entraînement et ont dix et onze dents. Il est instructif de rapprocher ces chiffres des arcanes majeurs correspondants, compris l’arcane VIII, et l’on voit que, comme nous l’avons expliqué dans la première partie de cette étude, X et XI sont une polarité du passage. Il y a d’ailleurs cette sensation que les deux deniers « broient » les énergies, comme la roue de Fortune de l’arcane X « culbute » les destins, ou encore à l’image de ce point d’étranglement du sablier où s’écoule inexorablement le sable,  rappelant le temps qui fuit et la marche implacable du destin.

Les roues d’entraînement de ces deux deniers sont calqués sur le schéma de circulation des énergies de la spirale en S du Deux de denier où le nœud énergétique se trouve au centre de gravité de la spirale, le V central de la mention «  VIEVIL· » du Deux de denier.

 

Figure 13 : schémas de circulation des énergies entre deux deniers

 

 Les deniers à 12 et 13 dents du Deux de denier nous fournissent une indication et nous donnent ainsi le sens de rotation des roues et également le sens de la spirale. Au Trois de denier nous constatons que le sens de rotation est conforme au schéma initial du Deux de denier.

Le troisième principe

Comparé à l’As de denier statique et au Deux de denier polaire mais peu mouvementé, le Trois de denier apparaît très actif. L’introduction d’un troisième élément est le facteur déclencheur de l’animation : troublant l’équilibre du deux, un troisième principe précipite le mouvement.

C.G. Jung dans son Mysterium conjunctionis nous livre, à partir de la définition des trois Mercure de l’alchimie, une brillante interprétation de la genèse de ce troisième principe :

« Cependant le Mercure n’est pas seulement le médiateur de l’union, mais il constitue en même temps ce qui doit être uni, étant donné qu’il forme l’essence ou la materia seminalis, la matière séminale du masculin comme du féminin. Le Mercurius masculanis et le Mercurius foemineus sont unis dans et par le Mercurius menstrualis (aqua). Dorn en livre l’explication « philosophique » dans sa Physica Trismegisti : au commencement Dieu a créé un monde. Il l’a divisé en le nombre deux : le ciel et la terre. A l’intérieur est caché un troisième principe médiateur, l’unité originelle qui participe des extrêmes. Ceux-ci ne peuvent rien être sans le troisième, et ce dernier ne peut rien être sans les deux autres. Ce troisième principe est l’unité originelle du monde, le vinculum sacrati matrimonii (le lien du mariage sacré). Mais la division en deux était nécessaire pour faire passer le monde unique de l’état de potentialité dans celui de réalité. La réalité consiste en une multiplicité de choses. Mais un n’est pas encore un nombre. Deux est le premier nombre avec lequel commence la pluralité et donc la réalité.[5] »

Sens synthétique

  Le Trois de denier exprime la puissance du ternaire en action dans la spirale dédoublée. Cet afflux d’énergie apporte créativité mais doit être canalisé, équilibré, pour éviter les excès.

[1] Le tampon des bibliothèques sur les documents n’a pour but que de marquer d’un sceau indélébile la propriété de l’institution et éviter ainsi les vols et la revente des œuvres.

[2] Pour les orientaux, le lotus dont la racine se trouve dans la boue (le physique), la tige dans l’eau (l’astral), la feuille à la frontière de l’eau et de l’air (le mental), et dont la fleur s’ouvre tel un couronnement du feu de l’esprit, représente la quintessence symbolique de l’âme du monde.

[3] Citant le Psaume 82. Jean 10, 34.

[4] Cerveau droit Cerveau gauche, L. Israël, p.61, éd. Plon.

[5] Vol.2, p.252, éd. Albin Michel.

L’interprétation du 10 d’épée

Description

Deux épées fichées dans la mandorle formée par les fourreaux se croisent à leurs extrémités.

Impression

La couleur noire domine cet arcane et lui donne un aspect sombre. Le rouge contraste fortement. Ajouté à d’autres détails sur les lames des épées, la tache d’encre sur la poignée de gauche est inquiétante.

La division

Nouvelle évolution dans la série des épées, nous voyons que les épées se sont dédoublées. C’est la séparation de l’unité en deux parties, la division. Toutefois, c’est un processus assez différent de la division dans l’œuf que nous avions identifié au Huit de coupe : plutôt qu’une multiplication par bourgeonnement, au Dix d’épée la séparation se fait par tranchage car, par destination, l’épée coupe et divise ce qui était uni.

Croiser le fer

Situation nouvelle, les deux épées sont imbriquées dans la mandorle, c’est-à-dire dans les quatre couches de l’aura humaine comme nous l’avons vu. La quatrième couche représentant « notre interaction avec l’univers dans son ensemble », vouée aux relations, cette imbrication des deux épées dans la même mandorle montre que, d’une manière ou d’une autre, dans la haine ou dans l’amour, elles sont puissamment en interaction. Le contact entre les extrémités des deux épées est « électrique ».

Dans son ouvrage Guérir par la lumière, Barbara Ann Brennan fait la description d’observations d’interactions auriques au cours des relations. Ces interactions auriques sont soit positives, soit négatives :

« Nous établissons des connexions positives grâce aux cordes des chakras, échangeons de l’énergie positive par nos banderoles bioplasmiques, exaltons nos vibrations et nous offrons réciproquement clarté et légèreté par induction harmonique. Chacun accepte l’autre sans s’efforcer de le manipuler, sait ne pas se faire maltraiter, garde un bon équilibre et communique bien.

Mais nous cultivons aussi, par peur et ignorance, et le plus souvent inconsciemment, interactions et manipulations réciproques négatives par nos champs. Nous essayons d’aligner les inconfortables pulsations de l’autre sur les nôtres par induction harmonique, tiraillons en tous sens les banderoles d’énergie bioplasmique ou bloquons le flux énergétique, et cherchons à enlacer l’autre des cordes qui nous relient. Ces mouvements invisibles à l’œil nu n’ont pas de secret pour le haut sens de perception.[1] »

Les deux épées dont les extrémités se rejoignent à l’intérieur de la mandorle sont l’illustration de l’expression « croiser le fer » qui désigne le combat d’épée, le duel.

De nombreux détails sur les épées montrent l’extrême tension de la situation : le trait noir est interrompu sur l’épée de droite, une tache noire affecte la lame ; la ligne médiane sur la lame de l’épée de gauche est coupée, la poignée est décalée et brisée, le jaune a disparu au dessus de la lame, les fourreaux se délitent dans la direction du futur terrestre. Egalement, les épées sont trop engagées dans la mandorle pour être retirées – celle de droite est engagée par la lame entre les couches mentales et émotionnelles de la mandorle/aura – que ce soit au niveau des poignées ou des gardes soudées aux barres rouges, ou des lames fragilisées : l’action est irréversible et l’état général des épées indiquent qu’il ne peut pas y avoir de véritable gagnant dans cette confrontation brutale. Surtout, l’énorme tache d’encre noire qui a bavé au niveau de la poignée de l’épée de gauche, là où s’effectue le maniement de l’épée par la main, exécutrice des décisions du mental,  signale que quel que soit le résultat du duel, la marque en sera indélébile, l’action sera inscrite durablement dans les mémoires et certainement au niveau karmique :

« Ô Hamlet, ne dis plus rien !

Tu tournes mon regard vers le fond de mon âme,

Et je vois là des taches d’un noir de si grand teint

Qu’elles ne s’en iront pas.[2] »

Finalement, le duel, fruit de la division, est la plus mauvaise solution pour dénouer une situation qui s’est inextricablement prolongée vers le conflit ; mais c’est une solution. On pourrait définir cette combinaison par l’expression harmonie par le conflit[3].

Les canevas

Avant tout on remarquera que les canevas sont réguliers et que, par comparaison, le canevas dégradé du Neuf d’épée est une exception dans la série d’épée.

Au Dix d’épée le maillage du canevas est régulier. Il est possible que ce maillage complexe, même inextricable, soit le résultat d’une construction mentale très concrète, parfaitement polarisée dans le « pour et le contre » et d’où la vérité ne peut sortir tant le discours est structuré. On peut imaginer que l’autorité terrestre ne puisse démêler le vrai du faux d’un écheveau si complexe et qu’une telle situation aboutisse à un duel judiciaire que les anciens tranchaient par l’ordalie, le « jugement de Dieu ».

Le croisement des fourreaux dans les canevas donnent 7 x 8 = 56 dans le carré terrestre et 8 x 9 = 72 dans le carré céleste. Nous reconnaissons le nombre 72 dont nous savons qu’il est au centre des correspondances cosmiques du Viéville. Il y a une progression qui se dessine de la Terre au Ciel : de 7 par 8 à la Terre et de 8 par 9 au Ciel. Tout se passe comme si l’action dans le carré terrestre – où se situent les poignées des épées, centre névralgique de l’action – se répercutait et s’amplifiait dans le carré céleste ; ce pourquoi nous trouverions cette progression du 56 au 72. On remarquera exactement au centre du canevas du carré céleste une petite tache noire, témoignant de la répercussion progressive – on peut imaginer que la tache ira en s’agrandissant – de l’action négative du terrestre dans les sphères célestes.

On notera aussi que l’addition 56 + 72 donne 128, le même résultat que l’addition des dents des deniers au Dix de denier ; créant ainsi un lien entre ces deux arcanes, le Dix de denier étant sur le schéma de l’arcane XXI car il en reproduit la mandorle.

Absence de traces-fantômes en filigrane

Dans la série des épées, les Cinq, Six, Sept, Huit, Neuf et Dix d’épées sont l’exception dans le Viéville car ils n’ont pas de traces-fantômes en filigrane. S’il y a là une intention du cartier alors cela signifie qu’ils ne sont donc pas reliés entre eux ni avec d’autres arcanes ; en quelque sorte comme s’ils étaient isolés du reste du jeu. Ce que semble nous dire le Viéville c’est qu’ils forment une classe à part, comme si leur évolution était si particulière qu’elle ne pourrait être comparée aux cartes précédentes des autres séries.

Sens synthétique

Le Dix d’épée est l’expression des grandes difficultés rencontrées dans les rapports entre les hommes, de la division et de la lutte qui s’ensuit ; combat fratricide en quelque sorte car nous sommes tous issus de la Vie Une, de la vulve de la Mère du Monde symbolisée ici par le centre de la mandorle.

[1] Ed. Tchou, p.259.

[2] Gertrude, mère de Hamlet in Hamlet, W. Shakespeare, acte III scène 4, éd. R. Laffont.

[3] Voyez le chapitre « Les sept Rayons » à l’As de coupe.

Interprétation des 56 arcanes mineurs du tarot de Viéville

La vidéo est un outil merveilleux pour commenter les images du tarot. Avec cette nouvelle série de vidéos, je vous propose l’interprétation des 56 arcanes mineurs du tarot de Viéville.

Vidéo du Dix de coupe

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Interprétation des 22 arcanes majeurs du tarot de Viéville

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Vidéo 1 : L’arcane IX

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